Bon. Tout d’abord, je dois dire que l’idée derrière cette campagne est excellente (représentation, yo) et que les intentions sous celle-ci me semblent très nobles. J’ai d’ailleurs visionné une entrevue de la maman de tout ça et, en apprenant comment et pourquoi lui est venue l’idée d’une dénonciation de masse, on ne peut que voir cette initiative comme une marque de courage. De plus, si le mouvement a mené à la dénonciation de Salvail, Rozon et autres déviants, c’est tant mieux. J’ai confiance que les têtes continueront à tomber au moins pour la semaine qui vient.

Après, on verra bien.

Le problème que j’ai avec tout ça, c’est que, comme bien d’autres campagnes qui sont devenues mainsteam, le #metoo a été récupéré et perverti par la machine médiatique sans cesse plus assoiffée de clics. La culture du viol est présente depuis toujours et partout, mais on en parle là parce que ça buzz sur les réseaux sociaux, on en parle là parce que c’est in et que, conséquemment, ça a l’air cave de ne pas en parler. Cette semaine, tout le monde était féministe et tout le monde dénonçait sauvagement la culture du viol (mais sans la nommer LOL) et tout ça publiquement pis toute. Il est là le bobo : #metoo c’est de l’esti de spectacle.

Si ce n’est pas cool d’être coincé, de s’opposer, de s’obstiner et d’utiliser des mots lourds symboliquement, il est bizarrement très trendy d’avoir des convictions, à condition que ce soit les bonnes. Cette semaine, la bonne posture, c’était de défendre les victimes d’agression sexuelle. Ce serait bien noble si ce n’était du fait que, le reste de l’année, c’est l’omerta et la complaisance qui sont à la mode et, faute d’être publique, cette posture est au moins aussi populaire et naturelle que le fukin #metoo l’est depuis 5 jours.

Cette vague a l’énorme défaut de réduire les valeurs à un discours qui se porte comme un chapeau. Mais voilà, la lutte aux violences sexuelles n’est pas un accessoire de mode. Ella a aussi l’énorme défaut de laisser croire qu’on milite avec des statuts Facebook  et avec des « c’est ben effrayant » lancés sur un ton intéressé à des gens qui pensent déjà comme nous. Je voudrais simplement rappeler que cette tendance à se ranger du côté du discours populaire amène la plupart du temps les victimes d’agression sexuelle à tolérer les gestes violents parce que le discours public pue la culture du viol.

De plus, sur une note plus personnelle, j’ai bon nombre de contacts et même d’amis dont je sais qu’ils ne sont pas tout à fait des alliés dans la lutte contre les violences sexuelles et plus largement dans la lutte contre la culture sexiste dans laquelle elles s’inscrivent. La plupart d’entre eux ont décoré leur timeline avec le #metoo. Je trouve ça plate, hypocrite et un peu effronté. Se faire du capital social sur la culture du viol c’est ordinairement trash.

Naturellement, j’ai aussi des amis dont la démarche est sincère et qui, dans l’optimisme que je leur connais, on écrit #moiaussi pour dénoncer le drame qui est à la fois le leur et celui de toute. C’est votre choix. Vous, je vous aime pareil.

Camille S. Leclerc

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Bonjour à tous,

Nous désirons nous adresser à l’ensemble de la population étudiante pour vous avertir que les négociations entre le syndicat des étudiants.es et l’administration sont toujours à une impasse. Nous avons tenté de nous faire entendre en utilisant des moyens de pressions plus traditionnels comme des pétitions.

Devant le silence de l’administration, nous désirons vous avertir qu’il est fortement probable que nous utilisions notre vote de grève prochainement. Dans ce contexte, tous ceux qui n’ont pas signé une carte d’adhésion syndicale se verront refuser les formules de dédommagements pour la grève. Les dédommagement sont conditionnels à votre présence sur la ligne de piquetage pour un minimum de quatre (4) heures continues.

Nous vous informons aussi que les personnes prises à travailler lors de l’application de la grève seront dénoncées au tribunal du travail en vertu des dispositions anti-briseurs de grève, s’exposant ainsi à une contravention personnelle de mille (1000) dollars en plus d’être exclus du SEES-UQO.

Finalement, nous invitons tous les étudiants.es à ne pas franchir les lignes de piquetage. Nous vous proposons de nous manifester votre support en piquetant aux côtés de nos membres.Nous vous rappelons que les emplois étudiants sont ouverts à tous et que les salaires que nous tentons d’obtenir seront un jour peut-être les vôtres.

Des activités de visibilité sont prévues par le comité de mobilisation du SEES-UQO cette semaine. Le rendez-vous est prévu pour mercredi au Tonik vers 10 heures. Nous vous conseillons de dégager une partie de votre horaire de la journée.

S’il y a des question vous êtes invités à nous écrire un courriel au sees.uqo@gmail.com

Syndicalement,
Léquipe du SEES-UQO

Le 8 septembre dernier se tenait la soirée d’initiation des jeux de la communication. Les défis étaient nombreux pour les participants et avaient tous un caractère sexuel. Ces derniers comprenaient embrasser une fille et prendre une photo de craque de seins. Le simple fait de proposer de telles activités dans une Université relève d’un manque de jugement assez important, je crois que tout le monde va être en accord là-dessus.

Toutefois, l’opinion est divisée lorsque certaines personnes vont aller jusqu’à classifier ce genre d’activités dans le spectre de la culture du viol. Il est vrai que le terme est dérangeant et, pour cause, les défis proposés le sont aussi. Le fait que l’ensemble des activités demandaient aux participant.e.s de sortir de leur zone de confort en embrassant des étrangers, en photographiant certaines parties anatomiques et ce sans consentement s’inscrit dans le continuum de la violence sexuelle. Ce dernier fait est symptomatique de la culture du viol. Elle ne renvoie pas nécessairement à l’acte du viol, mais aux différents comportements qui s’y rapportent. Ainsi, lorsque des individus en position d’autorité (pression par les pairs) incitent d’autres personnes à commettre des actes qui se rapportent au continuum de la violence sexuelle, comme ce fut le cas le 8 septembre dernier, on est en présence de culture du viol. De plus, souvent les gens qui la perpétuent vont, lorsqu’ils se font prendre, tenter de minimiser la portée de leur action ou se déresponsabiliser le plus possible. Encore une action posée par le comité organisateur des jeux de la communication. Les feuilles de directives ont bel et bien été distribuées aux participants et l’activité a bien eu lieu (il y a même eu des feuilles de pointages).

Maintenant, je crois que de refuser de qualifier les événements et les comportements du 8 septembre dernier de culture du viol c’est refuser de voir la réalité. C’est aussi manquer une occasion de changer les choses et participer à la culture du viol (minimiser et se déresponsabiliser). Je sais que ce n’est pas facile, que c’est laid, mais des fois c’est au travers d’épreuves de la sorte qu’on grandit vraiment.

Shawn Goodman

Les 12 travaux d’Hercule ou pourquoi on a clairement besoin du féminisme

Le 8 septembre dernier se tenaient les traditionnelles initiations des différentes associations et regroupements étudiants à l’UQO. Lors de ces évènements, les Jeux de la communication ont su se démarquer par leur activité « Les 12 travaux d’Hercule » où on demande entre autres aux participant.e.s de prendre des photos de seins et de brassières et de boire des shooters dans une craque de seins.  Une copie des consignes apparaît ci-dessous.

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Les défis proposés par les chefs des Jeux de la communication

Absence de consentement

Dans tous ces défis, jamais on ne spécifie l’importance du consentement de la femme associée à la brassière ou à la craque de seins. On remarque aussi qu’il n’est pas question de consentement lorsqu’il faut prendre une photo « d’un garçon en bobettes ». Sans consentement, ces activités s’inscrivent dans le continuum de la violence sexuelle, qu’il soit question de harcèlement sexuel, de coercition sexuelle ou d’agression sexuelle. De plus, les « chefs » des Jeux de la communication abusent de leur pouvoir pour s’arroger des faveurs sexuelles de la part des participantes (si tu embrasses un chef-1pt, si tu embrasses Erik Colto-2 pts). Sans consentement, Ce sont des agressions.

Qui plus est, les organisateurs n’ont même pas consulté le barman qu’ils ont impliqué sans son consentement dans leur tâche. Ils n’ont donc clairement pas compris l’importance du consentement dans toutes les sphères de la vie.

Faire comme

Il serait d’ailleurs difficile de dire avec sérieux que, dans ce genre de contexte, le consentement peut être donné librement. Les chefs sont effectivement en position d’autorité par rapport aux initié.e.s et la pression sociale est très forte pour intégrer les structures établies. Il n’est pas difficile de s’imaginer qu’une personne qui refuse de participer aux initiations quelles qu’en soient les raisons a certainement moins de chance d’être choisie pour faire partie de la délégation.

« Si la police vous demande de boire vous avez l’obligation de boire ». Encore une fois, on note l’absence totale de la notion de consentement et on cautionne les abus de pouvoir.

Abondance de nudité et de sexualité

Tous les 12 travaux choisis par les chefs sont de nature sexuelle et impliquent un certain degré de nudité. Est-ce vraiment nécessaire d’être à l’aise avec la nudité pour participer à la compétition que sont les Jeux de la communication ? Est-ce que la craque de sein des participantes leur sera si utile durant les compétitions ?

Pourquoi parle-t-on de culture du viol ?

Le terme culture du viol renvoie à un environnement social, culturel et politique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications et sont banalisées, voire acceptées. Ce processus se fait, par exemple, par la culpabilisation de la femme via sa tenue ou son apparence. Outre la banalisation du geste, la victime est souvent dépeinte comme étant responsable de la violence qu’elle a subie. La culture du viol comprend aussi l’impunité que connaissent les agresseurs et le fait qu’ils sont souvent présentés comme étant les « vraies victimes » ou des « farçeurs » qui ne seraient pas mal intentionnés.  Faire de ces actes de violence sexuelle, un défi récompensé par des points, c’est les encourager et les banaliser. C’est inacceptable, c’est odieux, c’est criminel même, diraient certains.

« L’UQO. Être plus près. Aller plus loin. » ??? Le slogan peut paraître ironique dans ce contexte.

Est-ce à croire que ces étudiants de l’UQO sentent qu’ils ont dorénavant un accès illimité au corps des femmes et ce, même en absence de consentement?

Sincèrement en criss,

Valérie La France-Moreau, Stéphanie Gilbert, Jasmine Cardinal, Bianca Schiffo-Fuoco et Camille S. Leclerc

Avec l’appui de Laurence Clennett-Sirois, Shawn Goodman, Laurent Paradis-Charette, Sophie Potvin et Valérie Berger.

P.S. Si vous voulez vous ajouter aux appuis, veuillez commenter cette publication de votre nom.

Bonjour à tous,
Nous sommes le SEES-UQO, le syndicat des étudiant.e.s qui travaillent à titre d’assistant.e.s de recherche ou d’enseignement, de même que celui des surveillants d’examen. Nous sommes en négociation avec l’Université depuis maintenant un peu moins de deux ans. Durant cette période, nous avons constamment demandé aux représentants de l’administration d’avoir des conditions de travail comparables à nos collègues des autres Universités au Québec.

Ces demandes concernent entre autre nos salaires qui se trouvent à être les plus bas au Québec. Nous voulons que l’Université applique une politique de rattrapage salariale et qu’elle nous offre des augmentations salariales annuelles qui nous permettent de maintenir le rattrapage. Ces demandes sont justes parce que notre travail à l’UQO est en tout point comparable à celui de nos collègues des autres Universités. Nous avions espoir d’arriver à une solution avec les représentants de l’administration, jusqu’au début du mois d’août. C’est à ce moment que ces derniers ont quitté la table de négociation, nous forçant à constater que le désir de dialogue n’est pas mutuel.

Cela se fait alors que nous avons un mandat de grève toujours actif de nos membres qui date du printemps dernier. À ce jour, nous avons tenté de réduire au maximum l’impact de nos moyens de pression sur notre milieu universitaire dans le but que nos collègues étudiant.e.s soient épargnés par les contrecoups dus à l’attitude méprisante de la haute administration. Nous avons aussi tenté d’interpeler le gouvernement provincial en espérant que la Ministre de l’Éducation supérieure assouplisse les positions de l’UQO.

Nous sommes donc au point où nous n’avons d’autre choix que de déranger pour nous faire entendre. Nous vous demandons donc de comprendre que les perturbations que vous allez certainement vivre dans les prochains mois sont un dernier recours. Nous vous conseillons d’y participer, car plus nos appuis seront nombreux, moins les perturbations seront longues. Nos acquis vous profiteront un jour.

Solidairement

Le SEES-UQO

Si on me demandait de reprendre l’Assemblée générale (AG) du 30 mars 2015 sur la grève à l’UQO, je dirais non. Je crois que le résultat était clair. Qu’on soit pour ou contre ces moyens de pression, je n’ai rencontré que des gens insatisfaits, non pas du résultat nécessairement, mais bien du déroulement de l’assemblée.  Aucun argumentaire, aucune délibération, une salle qui débordait, une attente interminable, 300 membres isolées dans une autre salle sans micro et j’en passe. J’ai vu des gens pour et contre la grève qui étaient mécontents du déroulement. J’ai vu des gens qui auraient voulu échanger, alors que le climat ne le permettait tout simplement pas.  Il ne s’agit donc pas d’être pour ou contre la grève, mais bien de s’interroger ce qui a mené au cirque chaotique de la dernière assemblée.

Qu’est-ce qu’une AG qui se déroule bien et dans le calme alors? C’est une AG comme on en a eu à la pelletée en 2012, toutes sur la grève. Les exécutifs des années passées ont réussi sans problème à mettre en place des micros et une diffusion simultanée des débats dans de multiple salle pour assurer une délibération accessible à tous dans nos AG. Les tensions entre opposants étaient visibles bien entendu, mais les AG se déroulaient dans un certain respect. Il n’y avait pas de huées et de quolibets qui fusaient de toute part. Oui, les gens n’étaient pas d’accord, mais des deux côtés on a pu entendre des arguments parce que les exécutifs ont pris les dispositions pour le faire. Je n’ai rien vu de tout cela durant le cirque.

Lors de la dernière AG qui a été un foutoir sans nom, nous avons vu le vrai visage du président de l’AGE-UQO. Alors que l’exécutif préparait l’événement, ce président n’a pas écouté les conseils éclairés de plusieurs personnes qui ont émis des avis sur les possibles débordements de l’AG dus à une grande participation. S’il y avait eu une urgence, un feu, une bousculade ou quoi que ce soit, la disposition de l’assemblée et de la foule présentaient un danger réel. Son insouciance par rapport à de tels enjeux nous a démontré que sa suffisance concernant l’opinion d’autrui comporte un risque réel pour l’intégrité physique et psychologique de certains étudiants et la santé démocratique de nos instances.  Non content de faire fi des conseils avisés des autres membres de l’exécutif de l’AGE, le président de l’AGE en a rajouté en se pavanant devant les caméras de Radio-Canada et TVA en disant que c’était une “participation record” et que les AG de grève n’avaient jamais dépassé 300 personnes. C’est un mensonge pur et simple, la plupart des AG de grève de 2012 comptaient au moins 1000 personnes. Il a également terminé ses entrevues en disant que les gens présents à l’AG étaient bien satisfaits du déroulement de celle-ci, comme si le fait d’être présent en chaire et en os faisait des membres des gens satisfaits. Ce que j’ai vu me pousse à penser le contraire.

On pourrait alors se questionner sur la compétence d’un président de l’AGE qui n’écoute pas ses collègues de l’exécutif qui ont plus d’expérience que lui et qui l’avaient prévenu de ce désastre annoncé. On pourrait se questionner sur les motivations réelles d’implication d’un président de l’AGE-UQO qui ne s’inscrit qu’à un cours par session auquel il ne va pas, uniquement pour pouvoir être membre en règle de l’AGE-UQO (et incidemment président). D’autres exécutants de l’AGE-UQO ont eu la classe de s’excuser pour un désastre qu’ils n’ont pas directement causé. Je crois que tous les étudiants sont prêts à pardonner les erreurs lorsque celles-ci sont assumées. Non content de ne pas les assumer, notre président colporte des mensonges afin vraisemblablement de se faire du capital politique et médiatique. C’en est assez des assemblées-cirques. Posons-nous donc sérieusement la question sur ce que nous voulons pour représenter les intérêts des étudiants!

– Pas un clown

Plusieurs d’entre vous auront peut-être eu vent de cette dénonciation qui traîne depuis le 4 mars dernier sur la page Spotted de l’UQO:

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Querelle de polichinelle? Guéguerre de clocher? Politicaillerie estudiantine? Non, l’enjeu est beaucoup plus grand et ses impacts se mesureront dans votre poche, sur le montant de cotisation qui vous sera demandé par l’Association Générale des Étudiants de l’Université du Québec en Outaouais (AGE-UQO) à la prochaine session.

Voyez-vous, le 4 mars dernier, l’exécutif de l’AGE-UQO a proposé une modification des statuts et règlements qui régissent notre association. Plusieurs changements aux statuts et règlements sont annoncés avec plus ou moins d’explications par l’exécutif. Lire la suite »

Capitalisme et D&D

Le concept de développement durable est aujourd’hui sur toutes les bouches. On se permet son utilisation dans toutes les sphères et domaines de l’économie, du social, comme du politique. On assiste à l’émergence de campus universitaires durables, de compagnies dites durables ou encore de gouvernements qui parlent de l’environnement et du développement durable. La liste est longue et il ne vous suffit que de quelques minutes à surfer le web pour en constater l’ampleur. En soit, que ces compagnies, partis politiques ou administrations universitaires prennent à coeur la question environnementale, j’en doute. Mais bon. Si l’impact sur leurs émissions de gaz à effets de serre, la sélection écoresponsable des matières premières y circulant ou encore l’introduction de meilleurs systèmes de compostage ou de recyclage en sont les résultats, cela ne forme pas l’objet de ma critique.

Parallèlement à tout ce « greenwashing » c’est plutôt l’image publicitaire qui demeure l’objet premier de ces modifications. Que le concept soit tendance, cela ne fait aucun doute, et ceux-ci l’ont bien compris. À partir du moment où notre système capitaliste commercialise ou permet de rentabiliser une étiquette « verte », accolée à quiconque peut prouver qu’il ou elle a à coeur la question environnementale, le produit peut connaître un véritable succès. Comment, néanmoins, cette approche managériale et technocrate peut-elle nous sortir de l’impasse actuelle qui nous projette tout droit dans le mur de la crise écologique? La réponse est claire. D’aucune façon.

Le développement durable est aujourd’hui un outil de markéting « vert » qui vise à se réapproprier la critique écologiste afin de redorer l’image d’une politique ou d’une entreprise polluante. À cet effet, l’exemple d’un mémoire déposé sur les sables bitumineux et dans lequel le concept de développement durable est accolé à cette première forme éhontée d’exploitation de ressources naturelles est criant[1]. D’ailleurs, si l’on considère le lourd passé du concept de développement, soit celui d’une politique recherchant incessamment la croissance économique et la modernisation technique, ne peut-on pas considérer le « développement durable » comme un oxymore[2]? Un euphémisme, puisqu’il tend à rappeler l’importance de la croissance, pilier central de la survie du capitalisme, tout en considérant la possible durabilité du processus d’exploitation des ressources naturelles et des humains?

Le développement durable est, lorsqu’utilis par les politiques publiques ou entrepreneuriales, une approche technocrate et intrinsèquement moderniste qui considère essentiellement la possibilité de palier aux problèmes d’émissions de gaz à effet de serre par une alternative technologique, tout en demeurant consumériste. Il  n’offre en aucune manière une lecture critique des structures politiques et sociales engendrées par le système capitaliste, premières coupables de la dégradation de notre environnement[3].

Eh oui, nous y revenons! Car le véritable parasite de notre société c’est l’homo consumerus – je consomme donc je suis! – dépendance que le capitalisme ne peut négliger dans sa recherche incessante de croissance et de concentration des profits. Comment peut-on voir dans le concept de développement – qui fait d’ailleurs drôlement référence à celui de croissance – une modification de notre rapport à l’écologie, si l’on ne remet pas en question le sens même de cette croissance et de cette consommation? Comment peut-on considérer modifier les pratiques, disons en matière d’utilisation d’énergie, en remplaçant les véhicules qui consomment des énergies fossiles au profit de voitures électriques? Qui seront les acteur-trices qui pourront se dire « vertEs »? Ceux et celles qui ont les moyens de se payer la voiture électrique, le gilet « écoresponsable » ou encore le voyage « d’écotourisme » au Costa-Rica? La réponse renvoie à notre critique du départ : le développement durable n’est pas plus durable que le modèle capitaliste et consumériste actuel.

Cet article est l’expression d’un certain ras-le-bol vis-à-vis des questions environnementales qui sont mises de l’avant depuis plusieurs années. Le changement de nos pratiques et notre rapport à l’environnement doivent passer par une réflexion en profondeur de nos modes de vie, de notre alimentation et de nos rapports sociaux. Par où commencer? La question n’appelle certainement pas à une réponse simpliste. Néanmoins, elle ne passe certainement pas par une « consommation durable » dans un premier temps. L’agriculture urbaine et communautaire, les logiques de décroissance, les cuisines redistributives et collectives, la réutilisation et la réparation, le partage, la décentralisation, etc., peuvent offrir certaines alternatives. Bref, passer par une réflexion sur le rapport entre l’humain et son environnement, qu’il soit non-humain ou social.

Si j’écris ces mots en cette période des Fêtes, c’est qu’avec grande désolation, on constate que la société actuelle aura amené à réfléchir une période de festivités, moment privilégié à partager avec ceux et celles qui nous tiennent à coeur, plutôt comme un moment idéal pour offrir à ces dernier-ères ce qu’ils ou elles désirent depuis si longtemps. Belle façon d’envisager nos rapports sociaux. Si l’humain a besoin d’une attention matérielle pour sentir une reconnaissance de l’autre, c’est que notre société individualisante aura très certainement réussi à détruire toute forme de partage et d’entraide qui ne devrait pas posséder de date sur un calendrier. Sur ce, bon Noël durable!

[1] Rapport du Comité permanent des ressources naturelles, Les sables bitumineux : vers un développement durable, Canada, Mars 2007. En ligne :

http://www.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?DocId=2614277&Language=F&Mode=1&Parl=39&Ses=1

[2] Latouche, Serge. « L’imposture du développement durable ou les habits neufs du développement », Mondes en développement, 1, 121(2003) ; 24.

[3] Le lien entre le modèle économique capitaliste et la dégradation de l’environnement a été démontré à plusieurs reprises. Nous retiendrons une citation de P. Charbonnier à cet effet; « [a]utrement dit, alors que toute forme sociale et économique «classique» façonne l’environnement dans des proportions limitées, seul le capitalisme le façonne à l’échelle mondiale » ; Charbonnier, Pierre. « Le rendement et le butin. Regard écologique sur l’histoire du capitalisme ». Actuel Marx, 1, 53 (2013) ; 102.

Jean-Philippe Bernard

Sciences sociales

« UQO is watching you »

Publié : 2013/10/30 dans AGE-UQO, Vie étudiante

Bigbrother-courriel

Cette phrase célèbre du roman 1984 de George Orwell a su marquer l’imaginaire collectif du XXe siècle. À la fois critique et descriptive, cette lecture des régimes fascistes et autoritaristes du début de ce siècle aura permis pour plusieurs de réfléchir aux dangers d’une appropriation totale par l’État des structures communicationnelles, économiques, politiques, judiciaires et militaires. Une analyse prophétique ?

George Orwell imaginait Big Brother sous la forme de milliers de caméras disposées dans toutes les sphères de votre vie afin de savoir, en tout temps, où vous en étiez. Prophétique car Orwell ne connaissait pas Google, Facebook et encore moins le réseau Wifi de l’UQO. Comparer Big Brother et Facebook avec le réseau de l’UQO, une exagération ? Peut-être pas.

Mentionnons d’abord les caméras disposées « aléatoirement » dans le pavillon Alexandre-Taché. Elles sont apparues après la  grève de 2012 au sein de notre bienveillant établissement. Et le mot est à propos : qui veille bien, sur nous toutes et tous.  Certains diront ; « Oui mais les caméra relèvent d’une décision administrative ayant été adoptée à l’été 2011, soit un an avant la grève! ». Nous en convenons. Ainsi, il n’y aurait aucun hasard dans la concordance entre ces deux évènements. Nous argumenterons néanmoins que ces caméras ont été majoritairement, si ce n’est exclusivement, disposées dans un seul pavillon et il s’agit, par tout « hasard », du pavillon où se retrouvent les trois associations modulaires ayant été les premières à voter la grève en 2012 et souvent reconnues pour leur plus fort militantisme. Pourquoi les sciences humaines et sociales méritent-elles la surveillance carcérale alors que ceux d’administration et de comptabilité s’en excluent en raison de leur allégeance inconditionnelle à leur bienveillante administration [1]. Il s’agit-là, d’un exemple évidant de profilage politique.

Les médias sociaux stockent des quantités importantes d’informations plus ou moins à l’insu des utilisateurs. Il y a, bien sûr, un formulaire de consentement et de non-responsabilité légale à accepter… mais le tout devient vite transparent. Eh bien, il se produit la même chose avec le réseau informatique de l’UQO où, pire, on y dispose des caméras de surveillance pour lesquelles nous ne signons strictement rien. N’avoir « rien à cacher » ne répond en rien au réel danger de cette surveillance constante et banalisée. Elle est une atteinte fondamentale à notre vie privée et aux libertés associatives, syndicales, civiles et individuelles des membres de la communauté universitaire.

Par ailleurs, saviez-vous que l’UQO se donne le droit d’intervenir dans vos activités informatiques et ce, afin de  « protéger ces ressources et les utilisateurs contre une utilisation non conforme, abusive ou illégale qui pourrait en être faite.[2] » ? Dans le document intitulé Règlement relatif à l’utilisation des ressources informatiques et de télécommunication on peut lire que :

« Dans le cadre de ses activités de contrôle et de vérification, l’Université reconnaît son obligation de respecter la dignité, la liberté d’expression et la vie privée des utilisateurs.

Toutefois, le responsable peut procéder à toutes les vérifications d’usage jugées nécessaires pour assurer le respect de ses dispositions, ainsi que des autres règlements, politiques, procédures et normes institutionnelles ou des lois et règlements provinciaux ou fédéraux. […]

Une vérification des renseignements personnels et privés d’un utilisateur […] ne peut être effectuée sans le consentement de cet utilisateur, à moins que le responsable n’ait des motifs raisonnables et probables de croire que cet utilisateur contrevient au Règlement [3] ».

Vous nous laisserez, nous vous en prions, rendre compte à la lumière de cette lecture, d’un contrôle de l’information et de la vie privée à un degré des plus élevés. Si contrôler l’information implique aussi le filtrage de ce que le « responsable » juge comme entravant le bon fonctionnement du système et de son université, l’analogie à du totalitarisme institutionnel nous semble ici, en aucun cas, exagérée. Rappelons tout de même, pour ajouter du poids à nos propos, que la poursuite d’un examen de votre dossier informatique et de votre utilisation du réseau sans-fil – c’est-à-dire également les activités que vous effectuez sur vos cellulaires – ne requiert aucune approbation de votre part. Mais rassurez-vous, si jamais on épie vos conversations personnelles, qu’on lit vos courriels ou qu’on se donne le droit de mettre le nez dans vos conversations Facebook, on prendra bien soin de vous en faire part… par après et seulement si, à la fin du processus, on a trouvé une bonne raison de le faire !

« Lorsqu’une vérification des renseignements personnels et privés d’un utilisateur ou de son utilisation des ressources informatiques et de télécommunication a été effectuée et que l’ensemble du processus de vérification est complété, l’utilisateur doit être informé de la vérification qui a eu lieu, des motifs ayant justifié celle-ci et des renseignements qui ont été consultés dans ce cadre » [4].

En plus de cette « fouille virtuelle » au caractère foncièrement arbitraire, il faut savoir que des sanctions toutes aussi arbitraires pourraient être appliquées à l’étudiantE « contrevenantE » et que celles-ci sont « finales et sans appel [5] ». Faites-en la lecture que vous en voulez. Nous y voyons là, un danger vers une dérive totalitaire administrative plus qu’évidente.

D’ailleurs, on peut se questionner sur la possibilité d’un traitement inégalitaire (voire totalement abusif) de la part de la direction de l’UQO sur un ou des individus suite à une fouille comme elle s’autorise à faire. Se pourrait-il que certainEs chargéEs de cours n’aient pas accès à certains cours ou à un poste régulier en raison de leurs positions politiques ? Que dire de candidatEs aux bourses de l’UQO? Les scrute-t-on à la loupe afin de n’attribuer celles-ci qu’aux plus « méritantEs », aux plus dociles ? Qu’est-ce qu’un motif raisonnable pour fouiller des informations personnelles ?

Le document souligne d’ailleurs, à titre de conclusion, la possibilité d’une telle entrave à votre intimité et votre vie privée : « [L]’utilisateur doit présumer que toute communication, personnelle ou non, qu’il crée, envoie, reçoit ou mémorise par l’intermédiaire des ressources informatiques et de télécommunication de l’Université peut être lue ou entendue par quelqu’un d’autre que le destinataire [6] ».

À ceux et celles qui liront cet article et considèrerons l’application de cette politique par l’université comme légitime, questionnez-vous sur la façon dont vous utilisez les courriels et l’internet au sein de l’établissement. Il suffirait, selon cette politique de contrôle social, d’une présomption d’actions pouvant aller à l’encontre de l’établissement, ou plutôt à l’encontre de l’idéologie de l’établissement, pour en faire son utilisation.

L’université n’est-elle pas le haut lieu de la liberté ? Libre de penser, libre de critiquer, libre d’apprendre de manière égalitaire pour toutes et tous et surtout, libre de s’associer pour assurer le respect de ces premières formes de libertés ? Cela implique également la liberté de s’approprier symboliquement, par le moyen de mobilisations, d’activités inclusives ou artistiques, NOTRE université. Pourtant, avec ce règlement, elle devient, sournoisement, un lieu de contrôle et de reproduction des normes hiérarchiques et contraignantes du corps social. Défendre ces formes de libertés c’est penser plus loin que l’université utilitariste, professionnelle ou encore, comme certainEs semblent le penser, un bien de consommation. Cet article vise à la fois à dénoncer cette tangente que prend l’UQO mais également à vous rappeler que nous pouvons tous et toutes agir pour que l’université soit nôtre.

À cet effet, l’Association Générale des ÉtudiantEs de l’UQO a pour mandat d’assurer aux étudiantEs ce cadre de vie et d’apprentissage. Si vous croyez qu’il s’agit, comme plusieurs d’entre nous, d’une atteinte à nos libertés, manifestez-vous lors de l’Assemblée générale annuelle du 6 novembre prochain et donnons un mandat à l’exécutif de revendiquer la mise à mort de ce règlement inspiré de la prophétie orwelienne.

Jean-Philippe Bernard et
Amélie Champagne (Peut-être devrait-on garder l’anonymat?)

[1] Ne faisant pas l’objet premier de notre article, je réfère tout de même le/la lecteur-trice intéresséE à réfléchir sur la question des caméras à consulter le site web mis en place par les étudiantEs de l’UQAM s’opposants à la propagation de cette dérive sécuritaire. Voir : souslescameras.ca.

[2] Secrétariat général (2011). Règlement relatif à l’utilisation des ressources informatiques et de télécommunication, Université du Québec en Outaouais, p. 2. En ligne : http://uqo.ca/sites/default/files/fichiers-uqo/ressources-informatiques.pdf . Consulté le 10 octobre 2013.

[3] Ibid, p. 5.

[4] Secrétariat général (2011), loc cit. p. 5.

[5] Secrétariat général (2011), loc. cit., p. 7.

[6] Idem

Le printemps 2012, aussi qualifié par certains métaphoristes de « printemps érable » aura su marquer l’imaginaire des luttes étudiantes québécoises. Le but de cet article n’est pas d’exposer les innombrables répercussions de ce mouvement social, le sujet ayant été traité longuement dans une panoplie d’article durant la dernière année. Néanmoins, sans prétendre apporter un point de vue nouveau ou plus éclairé de cette révolution québécoise inachevée, j’aimerais apporter une réflexion sur une remise en question des modèles de prise de décision que nous avons pu observer durant ces nombreux mois de luttes. J’entends ici parler principalement de la remise en question, notamment par la CLASSE mais plus largement par les associations étudiantes non affiliées à la FECQ ou la FEUQ, du modèle « démocratique » de la représentation. En effet, bien que la démocratie participative et délibérative ne soient pas des modèles émanant de la grève de 2012, on y a fait largement référence et parfois sans offrir une considération suffisante à leur définition et leur mise en application. Certains trouverons simpliste la définition que j’offrirai dans cet article de ces deux modèles de prise de décision, et je ne pourrais vous en blâmer. Je tiens néanmoins à souligner que l’idée de ces définitions est davantage d’offrir une base à une réflexion ultérieure sur le bien fondé de ces deux modèles.

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